Titre

“Le concept de Meskhénet dans l’univers religieux de l'Égypte ancienne: naissance, destin, divinité et temple”

Auteur Matteo Lombardi
Directeur /trice Prof. Philippe Collombert, Université de Genève
Co-directeur(s) /trice(s) Prof. Paolo Gallo, Université de Turin
Résumé de la thèse Meskhénet, une réalité aux aspects multiples Cette recherche concerne l’étude du terme égyptien msxn/msxn.t dont l’ample valeur sémantique et les nombreuses attestations dans la documentation égyptienne ancienne rendent l’analyse et l’interprétation assez complexes. Ce sujet s’inscrit par ailleurs dans une thématique développée actuellement dans l’unité d’égyptologie de l’Université de Genève, sur le monde divin égyptien. Le terme meskhénet semble avoir désigné initialement une brique crue, ou bien quatre briques, sur lesquelles les femmes égyptiennes accouchaient. Leur valeur apotropaïque et magique semble être identique à celle des quatre briques magiques qui étaient utilisées aux quatre coins des chambres funéraires pour la protection et la renaissance du mort dans l’au-delà. Ces briques de la naissance furent personnifiées, très tôt semble-t-il, sous forme d’une déesse, nommée justement Meskhénet, qui possède ses propres fonctions divines et sa propre iconographie. Elle est la déesse de la naissance, assistant la parturiente pendant l’accouchement, tâche qu’elle n’accomplit pas seule mais normalement en collaboration d’ autres dieux préposés eux aussi aux accouchements. Il s’agit particulièrement de Khnoum, Thoueris, Renenet/Renenutet, Heqet, Isis et Nephthys, Thot et Séchât. Les fonctions divines exercées par Meskhénet pendant les accouchements représentent un autre aspect important : dans les histoires du papyrus Westcar, après la naissance des trois rois de la Ve dynastie Meskhénet prédit leur futur, en déterminant dans le même temps leur destin et assurant la protection des dieux, surtout celle de leur père Rê. La même chose se vérifie dans les textes de la naissance divine d’Hatshepsout où la déesse assure à la reine le soutien du dieu solaire. Un des rôles les plus importants de Meskhénet comme « maîtresse du destin » est donc celle d’exercer le contrôle sur le destin humain et sur la durée de vie de l’individu, depuis le moment de l’enfantement jusqu’à la mort, tâche qu’elle accomplit en partage avec le dieu Shaï et le dieu Thot. À partir au moins de l’époque tardive et surtout au cours de l’époque ptolémaïque et romaine - peut-être dans le cadre de la réélaboration des aspects théologiques de la religion égyptienne – apparaissent aussi quatre Meskhénet, chacune associée à une des anciennes briques de la naissance : Msxn.t wr.t (Meskhénet la grande), Msxn.t. aA.t (Meskhénet l’élevée), Msxn.t nfr.t (Meskhénet la parfaite) et Msxn.t mnx.t (Meskhénet l’excellente). Identifiées respectivement avec Tefnout, Nout, Isis et Nephthys elles représentent la partie féminine de l’Ennéade héliopolitaine et sont intimement liées à la création du monde. En outre, tout en représentant des hypostases de l’ancienne Meskhénet, elles semblent constituer une réalité indépendante et séparée. Elles sont parfois figurées ensemble, privées d’une individualité propre. Les formes qu’on a citées se retrouvent dans la majorité des temples ou mammisis d’époque gréco-romaine ; on doit aussi y ajouter les quatre Meskhénet abydéniennes, qui jouaient un rôle important dans les mystères d’Osiris au mois de Khoiak. La relation intime entre la déesse Meskhénet, la naissance et le temple se concrétise aussi dans l’emploi du terme msxn.t pour indiquer non seulement les fondations des temples mais aussi les édifices sacrés eux-mêmes. Cette personnification du temple est perceptibles dans des appelations telles que msxn.t ou Hw.t-msxn.t, pr-msxn.t et s.t-msxn.t qui apparaissent essentiellement dans les textes gravés sur les parois des temples ptolémaïques et romains. Elles désignent soit une salle du temple identifiée comme lieu de la naissance d’un dieu, soit des édifices entiers, le plus souvent nommés pr-ms (c.à.d. Mammisi), qui furent édifiés à partir de l’époque de la XXX Dynastie (Nectanebo Ier) jusqu’à l’époque ptolémaïque et romaine à proximité des sanctuaires principaux d’Égypte, en tant que lieux où la déesse-mère se rendait pendant l’accouchement. Méthodologie et finalité de la recherche En examinant la bibliographie du terme msxn.t et de la divinité corrélée on s’aperçoit que, malgrés l’abondance de la documentation, aucune étude monographique ni synthèse spécifique ne lui a été consacrée (un projet annoncé par M. Th. Derchain-Urtel n’a jamais vu le jour). Quelques études existent, mais elles retent fondées sur une information partielle. Au cours de ce Doctorat on se propose donc de recueillir toute la documentation sur le terme msxn/msxn.t et sur la déesse Meskhénet elle-même (archéologique, iconographique, textuelle, etc.) et d’en reprendre l’analyse. Ce travail prendra l’aspect d’ une étude « interdisciplinaire » qui, partant de la lexicographie, de l’archéologie et de l’anthropologie religieuse, rencontre l’iconographie, la géographie religieuse, la « naologie » et la « grammaire du temple », dans la perspective de réaliser une monographie et une synthèse la plus globale possible sur ce thème. L’interdisciplinarité de cette étude se fondera aussi sur la possibilité de confronter les différents aspects de la Meskhénet égyptienne avec quelques parallèles présents dans les conceptions anthropologiques, philosophiques et religieuses d’autres réalités géographiques de la Méditerranée avec lesquelles l’Égypte était en contact : voir spécialement à la Mésopotamie où sont présentes des divinités de la naissance liées aux briques comme Belet-ili et Ninhursag - ou le monde grec, où il faudra bien analyser les analogies entre la nature et les fonctions des Meskhénet et celles des Parques.
Statut
Délai administratif de soutenance de thèse
URL http://unige.academia.edu/MatteoLOMBARDI
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